Exposition – Géographie du corps de Michel Batlle du 12 mars au 21 septembre 2026

GÉOGRAPHIE DU CORPS 

Michel Batlle du 12 mars au 21 septembre 2026

  • Biographie de Michel Batlle :

Né le 3 avril 1946 à Toulouse, d’origine catalane par son père, réfugié politique de la guerre d’Espagne, Michel Batlle est un artiste autodidacte dont la trajectoire se construit en marge des écoles et des courants officiels. Issu d’un milieu familial où peinture et musique tiennent une place centrale, il découvre très tôt la création comme un langage naturel. À dix-sept ans, il expose pour la première fois et, dès 1964, présente ses premières peintures abstraites, amorçant une démarche expérimentale fondée sur le geste, la liberté et l’exploration du corps comme territoire sensible.

Dans les années 1960, il fonde à Toulouse l’atelier Le Cratère, rue Saint-Michel, véritable laboratoire d’avant-garde actif jusqu’en 1973, où se croisent peinture, musique, poésie et performance. En 1966, il y invente la « psychophysiographie », une pratique reliant l’expérience du corps à l’image par divers moyens graphiques — radiographies gravées, photographies peintes, anatomies imaginaires — mêlant art, science et expérience corporelle. Entre 1966 et 1967, il compose également des musiques expérimentales, concrètes et électroacoustiques, prolongeant ses recherches plastiques par le son.

De 1968 à 1973, il tient la chronique d’art au journal Sud-Ouest. En 1970, il abandonne l’abstraction pour une figuration expressionniste, puis développe de 1971 à 1975 des performances-painting et des actions de land art, conçues comme une parodie critique du marché de l’art international. Marqué par les avant-gardes européennes (Picasso, Bacon, Dubuffet), par l’esprit de Fluxus, du Body Art et par le mouvement japonais Gutai, Batlle développe un langage plastique libre, nourri aussi bien par l’art brut que par les cultures populaires et non occidentales. Proche un temps de l’esprit de la trans-avant-garde, il s’en détache pour poursuivre une œuvre indépendante, marquée notamment par la série des Guerres culturelles.

Dans les années 1980, il crée la revue Axe Sud, participe à la mise en place du FRAC et organise les premières expositions hors d’Espagne de Barceló et Plensa. Peinture, dessin, collage, art numérique et sculpture monumentale composent une œuvre transdisciplinaire traversée par la figure humaine, en particulier le visage, pensé comme un espace psychique plus que comme un portrait. Ses sculptures métalliques « construites autour du vide » et ses figures de chamans traduisent un humanisme non idéaliste, attentif à la fragilité de l’être et à la mémoire des cultures.

Depuis le début des années 2000, son travail a fait l’objet de nombreuses expositions personnelles et collectives en France, notamment au Château de Laréole, au Château de Lunel, ainsi que dans divers centres culturels et espaces d’art contemporain en Occitanie. Ces expositions récentes témoignent de la continuité de sa recherche autour du visage, de la mémoire culturelle et du dialogue entre tradition plastique et technologies contemporaines.

  • Extraits des propos de l’artiste :

« Je n’ai jamais voulu appartenir à une école. » Michel Batlle revendique une formation par l’expérience, le hasard et la rencontre. « J’ai appris en faisant, en me trompant, en recommençant. » Pour lui, l’art n’est pas un style mais un acte vital : « Créer, c’est une manière de rester vivant, de comprendre ce qui traverse le corps et la pensée. » Cette relation directe entre geste et sensation fonde sa recherche depuis ses débuts : « Je ne cherche pas à représenter, je cherche à laisser une trace. »

De cette approche naît la psychophysiographie, qu’il définit comme « une façon de relier le corps à l’image ». « Le corps sait avant la tête », affirme-t-il. Les supports inhabituels, les radiographies, les gestes rapides ou les lignes inachevées sont pour lui des moyens de saisir l’instant : « Ce qui m’intéresse, c’est l’énergie du moment, pas la belle image. » L’œuvre devient alors une expérience plutôt qu’un objet figé.

Le visage occupe une place centrale dans son travail. « Le visage, ce n’est pas un portrait, c’est un paysage intérieur. » Il y projette tensions, failles et fragilités : « On porte tous des monstres doux en nous. » Ses figures ne cherchent ni l’idéal ni la provocation : « Je montre des êtres possibles, vulnérables, bancals, comme nous. »

Dans la sculpture, le vide joue un rôle essentiel : « Le vide, c’est l’espace de la pensée. » La ligne devient une structure ouverte : « J’aime quand la forme tient debout sans se fermer, quand elle respire. »

Enfin, Batlle insiste sur une dimension éthique de sa pratique : « Je veux rester libre, même si c’est inconfortable. » Refusant la normalisation, il rappelle que « l’art n’est pas fait pour rassurer » et que créer, c’est aussi « résister à ce qui nous formate ».

  • Présentation de l’exposition :

[ Au Musée d’art et d’archéologie du Périgord, « Géographie du corps » est une invitation à parcourir les différentes périodes de l’artiste catalan, Michel Batlle, des ses premières Anatomies, réalisées dans les années 1970 aux travaux les plus récents. Marqué par les questionnements après-guerre sur la place du corps de l’artiste dans la création, Michel Batlle conçoit ses séries comme autant de réponses à cette question centrale : qu’est-ce qui relie le corps à l’esprit ? Et comment l’art, peut-il en être l’émanation ? S’inspirant de l’hyper expressivité des écoles abstraites – la gestuelle automatique de Georges Mathieu, le dripping de Pollock – et des expériences lettristes, où les réflexions sur le mot et la lettre entendent dépasser la dichotomie entre abstraction et figuration, Michel Batlle écrit sa propre histoire hors des sentiers battus. La psychophysiographie, littéralement écriture par le corps et l’esprit, s’inscrit non sans ironie dans le courant lettriste auquel il n’adhérera qu’un temps, peu soucieux d’épouser un nouveau dogme.

A l’étage, la série Anatomies nous accueille dans la salle Breuil : une pseudo ou contre-écriture, proche de l’écriture automatique des surréalistes, couvre ce triptyque tandis que se dessinent en transparence les contours d’une anatomie muette. L’univers médical marque le jeune artiste Michel Batlle qui, en parallèle de ses premiers travaux abstraits, choisit dans les années 1960 comme nouveau support d’expression, des radiographies qu’il grave au vaccinostyle stérile.Plus près de nous, la série des visages peints sur bois – lointain écho aux racines extra-occidentales du cubisme, revendiquées par l’artiste – opère un tournant plus frontalement politique. Les mots, désormais lisibles, cessent d’être de simples traces graphiques pour redevenir des prises de position. « Trop de tout tue tout », « J’ai fait un rêve, une révolution » : ces formules lapidaires affirment le refus de Batlle d’adhérer à la doxa de l’art contemporain et rappellent que sa peinture se conçoit comme un espace de parole directe.

Dernièrement, la série Chaos technique, présentée au rez-de-chaussée du musée, fait état d’un tiraillement complexe auquel est en proie l’artiste. L’avalanche technologique nous écrase mais suit sa propre logique et s’incarne dans la rigueur fascinante des éléments géométriques réalisés en trompe de l’oeil. Face à eux, les silhouettes ou fragment d’anatomie, comme ce coeur palpitant qui semble jaillir de la toile, nous relient à ce que nous sommes, de simples être humains. « Je peins de l’humain pour rester vivant », dit encore Michel Batlle pour expliquer sa série. A l’arrière –plan, le clin d’oeil à la gestuelle abstraite de ses débuts rappelle qu’entre l’homme et la machine, reste l’acte créateur, le seul qui pourra toujours prétendre rester libre.

Aux peintures, supports des réflexions philosophiques de l’artiste, répondent les sculptures, inertes et intemporelles. Depuis une vingtaine d’années, Michel Batlle taille, découpe et cisaille le métal pour faire émerger de silencieux personnages. « Ici et maintenant », comme l’énonce l’une de ses peintures : ces œuvres se tiennent face à nous et résument à elles seules ce que nous sommes — des présences.

Composés autant de vide que de matière, ces gardiens statiques — à l’instar des Gardiens de Trélissac, deux œuvres récentes créées en collaboration avec l’Établissement régional d’enseignement adapté Joël Jeannot de Trélissac et des élèves de CAP métallier en février 2026 — nous contemplent.]

Céline Dumas
Directrice adjointe des Musées de Périgueux

AUTOUR DE L’EXPOSITION

  •  Jeudi 12 mars de 12h30 à 13h15 – Jeudi du Musée
Carte blanche à Michel Batlle, invité d’honneur de la 25ème édition du Festival Expoésie.
Entrée gratuite.

 

  • Vendredi 13 mars à 18h30 – Inauguration du festival Expoésie
et Vernissage de l’exposition de Michel Batlle « Géographie du corps » (12 mars – 21 septembre), suivi d’une performance de l’artiste. 

 

  • samedi 21 mars à 15 h –  Visite commentée 
de l’exposition temporaire  « Géographie du corps » de l’artiste Michel Batlle par Céline Dumas, directrice-adjointe des musées de Périgueux
    • Durée : environ 45 min
    • Gratuit
    • Sur réservation 05 53 06 40 70

 

  • Jeudi 9 et lundi 13 avril de 14h à 15h30 –  Ateliers des vacances
  Après une visite de l’exposition consacrée à Michel Batlle, les enfants et leurs parents pourront fabriquer une sculpture inspirée des oeuvres de l’artiste.
  • Cet atelier est en lien avec l’exposition « Géographie du corps » à voir du 12 mars 21 septembre.
    • Tarif : entrée du musée + 3€
    • Sur réservation 05 53 06 40 70